La fonction de l'image et la puissance d'attraction qu'elle exerce restent difficiles à comprendre. Pour chacun, le monde génère une représentation, différente d'une personne à l'autre, mais qui se modifie aussi pour une personne au cours de sa vie. L'inadéquation entre la représentation que nous portons en nous, et l'extérieur, le "réel" que nous rencontrons, nous conduit à remanier cette représentation, et ce, parfois, à notre insu.

Déclancher la prise d'une photo c'est, dans mon cas, tenter de fixer un élément du réel et l'émotion particulière, qui s'y rattache à un moment donné. Bien souvent, quand je la regarde plus tard, elle vient me toucher, mais d'une façon très différente de ce qu'il en était lors de la prise de vue. Cela me conduit à la modifier, notamment en ce qui concerne les couleurs, probablement de façon un peu excessive... mais cette envie est en rapport avec cette différenciation de l'image par rapport à l'original. Un besoin d'exercer une discrète recréation (récréation?) de la réalité. C'est à cette charnière que s'articule le rôle de la photo dans cette nouvelle représentation du monde.

Chicago m'attirait tant pour la ville que pour la page d'histoire d'architecture qu'elle incarne. Et pourtant, c'est le métro qui s'est imposé à moi, fortement, à travers la prise de vue, et l'éditing du soir. Présence ubiquitaire du métro dans la ville qu'il irrigue, c'est à travers lui que s'est dévoilé, pour moi, la structure de la ville, au fil du séjour. Puis au fil du temps et du travail ultérieur, de nombreuse photographies retenues, étaient celles que j'avais initialement ... jeté. Et ce qui me semblait sans intérêt au début, est ce qui me plait le plus maintenant. Alors que vous montrer ? Ce qui m'a le plus plu initialement ? ou ce qui me plait maintenant ?